Le registre du mobile de Baptiste Gaillard, de Eric Duvoisin

Lecture critique par Eric Duvoisin
de
Un domaine des corpuscules

paru le 31.10.2018
sur le site
poesieromande.ch

ici

 

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Pénétrer dans le domaine d’écriture de Baptiste Gaillard, c’est se faire le témoin des mille états de la matière, d’un monde travaillé en profondeur par des forces de transformation. Un domaine des corpuscules, un bel ouvrage à l’écrin soigné, paru l’année dernière aux éditions Hippocampe à Lyon, a été récompensé d’un Prix suisse de la littérature 2018. Plasticien de formation (il est diplômé de la Haute école d’arts et de design de Genève), Baptiste Gaillard a publié son premier recueil Le chemin de Lennie aux éditions Héros-Limite. Eric Duvoisin revient sur cet ouvrage. (poesieromande.ch)

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Le projet poétique de l’ouvrage primé est explicité ainsi sur le site du Prix suisse de littérature : « Que serait notre Terre, si l’on en ôtait les hommes ? Rien qu’une suite, dépourvue de toute signification, d’états et de transformations de la matière. Cette situation, Un domaine des corpuscules fait le pari d’en donner une idée. » En effet, nuls signes d’activités humaines dans le territoire des corpuscules : on imagine un monde post-humain, où les traces de notre civilisation perdurent seulement à travers leurs empreintes sur le paysage et la nature, mais où l’homme, pour une raison inconnue (apocalypse atomique, changements climatiques ?), a disparu. Ce scénario dystopique justifie l’évacuation d’un point de vue trop humain sur les choses et permet de mettre au centre des poèmes la matière en devenir. Face au défi d’évoquer les métamorphoses incessantes du réel, un tel projet ne peut prétendre à aucune exhaustivité objective ; de là probablement l’explication du titre et de l’article indéfini « un », choisi par l’auteur : son domaine est un balisage, un panorama, une perspective possible parmi cent autres.

La présence de l’eau ouvre le recueil, et l’on assiste à un déluge recouvrant progressivement la surface de la planète. Les quinze premiers poèmes relatent cette lente et implacable avancée de l’eau qui emporte tout dans son mouvement, micro particules ou bâtiments. Rien ne lui résiste, et sa « coulée irrépressible » (p. 12) est une puissante force de fragmentation et d’entropie : tout se délite, se mélange, s’hybride au contact de l’eau qui est devenue boue, masse liquide charriant alluvions : « Hybrides par ajouts et retraits, un passage par les ombres transforme les choses » (p. 11) Gaillard célèbre « la qualité sombre des mélanges » (p. 8) : « Les particules d’abord isolées, ou du moins réparties en surface, uniformément s’agglomèrent en amas plus imposants. La compacité reste totale, quels que soient les mouvements ». On le voit, cette eau, si elle fragmente la matière en s’infiltrant jusqu’au fond des fibres, a aussi le pouvoir de créer de nouveaux amalgames, de fonder de nouveaux ensembles :

Le domaine des corpuscules s’élargit ; vaporisés pour qu’ensuite se produise une nouvelle condensation. (p.16)

Cet énoncé a valeur de précepte poétique pour appréhender aussi bien l’univers poétique du livre que l’écriture de Baptiste Gaillard. Si la matière du monde semble obéir à ces deux lois de fragmentation et de condensation, le texte lui aussi opère par segmentation d’éléments ou groupes de mots et rassemblement dans le tout du poème, il est « une vaste usine des mutations. Il se déploie par capillarité et grandit par le milieu. Sa matière en évolution est régulièrement découpée, déplacée, réorganisée. Certains blocs se divisent pour former de nouveaux fragments, alors que d’autres entre eux s’agrègent » (Texte de couverture du recueil). Les poèmes sont le résultat de cette condensation, ils s’organisent comme un miroir à la manière du processus qu’ils décrivent : visuellement, les lignes (les vers ?) sont segmentées parfois au milieu d’un mot, qui est rejeté à la ligne suivante, elles donnent à voir ce processus en œuvre aussi bien au niveau thématique que formel. Quant à l’ensemble du texte, il procède par dispersion de motifs qui se répètent, se croisent, créent des réseaux d’échos sémantiques, à l’image de cette « continuité transportante » (p. 49) évoquée dans l’œuvre.

Dans les objets poétiques de Baptiste Gaillard, on relève une grande précision dans la description des processus physique, un soin méticuleux de relater les phénomènes les plus fins dans leur progressive évolution. Ce souci confère au poème la qualité d’un document poétique, puisqu’il relate en détail un événement corpusculaire tel qu’il s’est manifesté et tel qu’il a été enregistré par le stylo ou la caméra du sujet poétique. Le réel est ainsi décrit au plus près de ce qui est observable à l’œil nu. Pour cela, le sujet poétique est mis entre parenthèse, presque absent : le texte distille quelques « on » anonymes qui renforcent une visée objectivante. Si les traces de subjectivité sont gommées de façon à donner aux poèmes de Baptiste Gaillard la consistance d’un compte-rendu poétique, il n’en reste pas moins qu’un tel projet poétique ne peut pas faire l’économie d’une sensibilité subjective. Celle-ci, discrète, mise à distance, se laisse lire tout d’abord dans le choix des motifs : on relève des préférences pour l’humide, l’indistinct, l’hybride. Au fil de l’ouvrage se dessine un imaginaire et des tonalités affectives très personnelles, liées à la boue, au liquide, à la décomposition, à la macération, à ce qui est mou ; un imaginaire de la dissolution de la matière gorgée d’eau est privilégié.

Un monde parfois naturel, parfois urbain émerge des notations de l’auteur. De multiples résidus de notre société post-industrielle témoignent d’un passé révolu (pétrole, plastiques, routes, clous, gélatine, HLM, usines), submergé par les eaux, inexorablement englouti, puis émergeant à nouveau lorsque le déluge a cessé, et que la surface commence à sécher. Dans ce deuxième mouvement de description, Baptiste Gaillard observe à nouveau une même loi de la chimie organique, celle de la décomposition/recomposition :

Les terrains regorgent de mixtures différentes. Les putréfactions côtoient des amorces de germinations : les fragments commencent entre eux à produire du lien. (p.22)

Suivent un ensemble de poèmes que l’on pourrait qualifier de poèmes du reflux. La terre est une « masse affaissée » où sont « lisibles toutes les traces de l’eau » (p. 34). Le déluge a reconfiguré les lieux, l’asséchement a créé de nouveaux paysages. Les processus de transformation néanmoins continuent à œuvrer au sein de la matière, car « il n’y a ni début ni fin claire aux mutations » (p. 37) :  les résultats de l’usure de l’eau « fait éclater enfin à force les poutres porteuses » (p. 26), « L’eau est une activité, même quand elle reste sans activité » (p. 26).

Après le reflux, c’est un nouveau paysage qui s’offre ainsi au regard. Si « Tout bouge autour de l’immobile » (p. 47), ce qui semble figé ou mort cache en son sein « de nouveaux microcosmes, encore dissimulés » (p. 51). La matière et le paysage ne cessent pas d’être continuellement travaillés de l’intérieur par une force de transformation à l’œuvre. Plusieurs poèmes décrivent une atmosphère de chantiers ou de ruines, de no man’s land et de HLM abandonnés. Un paysage urbain déserté, à moitié effondré sous les coups de boutoir d’une tempête ou d’un ouragan, mais d’où la vie va reprendre ses droits. Le vent participe lui aussi à la recomposition d’un « paysage provisoire » (p. 58), et s’il achève de faire effondrer tiges d’herbes ou bâtiments aux murs infiltrés d’eau, il permet dans le même temps d’essaimer les graminées, gage d’un renouveau.

Un troisième mouvement du texte s’attache à évoquer « l’empire de ce qui se gorge » (p. 57), où de nouvelles « formes de la vie petite » (p. 57) émergent et éclosent : de nombreux insectes (guêpes, papillons) virevoltent dans les appartements vides, dans les cavités et les fissures les œufs et les larves se préparent à éclore, « d’innombrables minuscules se délectent de restes inutiles (…) et alimentent la permanence du grouillement » (p. 68) : mites, mouches, araignées, ce sont aussi d’autres corpuscules vivants, qui perdurent et prolongent le cycle de la vie. Ailleurs, la vie animale elle aussi se manifeste, avec les grenouilles, les poissons ou encore ces nuages d’oiseau qui voltigent au-dessus des toits d’une usine. Dans les derniers fragments, le passage d’un avion ou de quelques rares voitures semble indiquer que l’humanité elle-aussi a survécu, même si les traces de la civilisation technologique semblent progressivement disparaître sous l’avancée des forces naturelles : « Deux mondes pour quelques temps superposés sans qu’il ne soit jamais possible d’oublier l’un ou d’oublier l’autre » (p. 73). Ce moment de suspension, d’entre-deux, de passage, c’est cela même qui est le moteur de l’écriture de Baptiste Gaillard ; l’auteur excelle à évoquer ces moments transitoires, à décrire de micro-événements, à poétiser une phénoménologie du « frisson des choses » (p. 72) et archiver un « registre du mobile » (p. 53).

Concernant la forme, le lecteur n’est pas sûr d’avoir affaire à des vers ou de la prose. S’agit-il de blocs de prose poétique au drapeau justifié selon des impératifs visuels, ou des ensembles de vers libres ? A la première lecture, nous voyons une suite de vers et lisons les poèmes ainsi, ce qui a suscité quelques réticences de notre part quant à la pertinence de certains rejets et autres enjambements. Le doute ensuite est survenu (prose ? vers ?), et nous pensons que le texte gagne en cohérence s’il est lu et considéré comme un bloc de prose aux marges larges. Cette suspension entre prose et vers produit un effet plastique certain ; est-elle cependant absolument nécessaire pour fonder la pertinence du texte ? Je n’en suis personnellement pas sûr. A part cette réserve formelle, Un domaine des corpuscules est un beau livre à l’univers poétique singulier et original, doué d’une poétique réalisée avec exigence, et le lecteur se laisse entraîner avec bonheur dans le flux continuel du monde, curieux comme un astronaute archéologue débarquant sur une planète abandonnée depuis longtemps et dont l’écosystème aurait continué à évoluer selon ses rythmes et ses lois propres, libéré du domaine de l’humanité. (Eric Duvoisin)

 

 

rbl – la revue de belles-lettres – 2017,1

Sélection de photographies du Marais Otto Dix dans
Voix nouvelles
la revue de belles-lettres 2017, 1
ISBN 978-2-940419-17-3
Lien

 

Sommaire

Liminaire

Romain Noël
Fichu

Alena Meas
O

Anne Dujin
L’ombre des heures

Daniele Bernardi
Cages à fauves
Traduit de l’italien par Christian Viredaz

Avril Bénard
En chine

Laurent Cennamo
En revoyant Ben-Hur

Isabelle Sbrissa
Comme l’écume

Pierrine Poget
Deux poèmes

Mathieu Hilfiger
Ruade

Anne Emmanuelle Volterra
Histoire et tragédies

Baptiste Gaillard
État de poussière (peut-être)

Daniele Pantano
Chiens dans des champs en friche
Traduit de l’anglais par Eva Antonnikov

Vincent Yersin
Médical

Cécile A. Holdban
Ce qui se délie

Rolf Hermann
Cartographie de la neige
Traduit de l’allemand par Marina Skalova

Muriel Pic
Plages (Ballade archéologique)

Nadir Khanfour
Quoi que tu aies été

Blandine Merle
Les Gravités

Michel de Léobardy
Poursuites

Tracé :

Denise Mützenberg, Marion Graf (entretien)
La pépinière de Samizdat

Traducere :

Camille Luscher
Quand ça niousse

Lectures :

Marie Frisson, Bertil Galland, Marion Graf,
Louise L. Lambrichs, André Wyss

Scolies

revue rehauts #39

Extrait de r a z dans le numéro 39 de la revue rehauts

(printemps-été 2017)
ISBN 978-2-917029-34-3
Lien

Textes

David Constantine (traduit de l’anglais par Perrine Chambon et Arnaud Baignot) Max de Carvalho Caroline Sagot Duvauroux Baptiste Gaillard Étienne Faure Bruno Grégoire William Cliff Jacques Josse Stéphane Korvin Solange Clouvel

Dessins

Peintures de Stéphanie Ferrat Dessins de Marion Piper

Lectures

Jacques Lèbre

 

Extrait de r a z

r s t

von Baptiste Gaillard

Traduction d’un extrait de r a z par Ruth Gantert dans le cadre de la collaboration du Literarischer Monat (Schweizer monat) et l’Office fédéral de la culture -photo : Ladina Bischoff

In Auflösung begriffen, Platz machend für andere, die anderen Gesetzen, anderen Notwendigkeiten gehorchen. Zerfallene Formen ersetzen klare Konstruktionen.

***

Die Ruhe der Säle, in denen sich Staubarabesken in die Projektion mischen, in denen die Vorführung zum Spektakel der Spiralen wird, die im Lichtstrahl wirbeln.

Er selbst, umhüllt, ist dadurch verfremdet: nicht mehr einheitlich, zeigt er sich in unzählige Varianten zerlegt, wie Lichtfäden in perfekter Verklebung, von der Linse bis zur Oberfläche des Bildschirms.

Es ist gefahrlos, aber geballt in der Wärme, doch es ist kalt, ich weiss nicht mehr. In den Krümmungen versunken, zwischen den Scheinfüllungen aufgeschlitzter Klappstühle, bleibe ich im Dunkeln einer Höhle und träume von den seidenen Dichten, die Spinnen weben, um die Materie zu hypnotisieren.

***

Die Pflanzen bilden ein ständiges Fliessen, ein Quellen in Buchten und Zweigen, von Zwischenräumen und Verzwirbelungen. Lebloses und sich Vermehrendes treffen in Wirrnis aufeinander. Die Brachen sind eine Mischung aus Wildwuchs und Hinschwund. Kleine Triebe erblühen im trüben Grün.

***

Die Inseloberfläche wurde komplett eingeebnet, ausgefegt und glattgeleckt, so dass sie einer Eisbahn gleicht. Die Felsen ebenso. Der Schnee ist geschmolzen, die Oberflächen und Kanten glänzen, wie poliert. Alles an diesem Ort wurde weggefegt, gescheuert, eingeschmolzen, verweht.

Moscow’s Biggest Bomb: the 50-Megaton Test of October 1961. Moos und Flora tauchen aus glasigen Verschmelzungen und Pulverstaub an unerreichbaren Orten auf. Das Geheimnis eines Ortes übt eine Faszination aus, wie die Gestirne Ebbe und Flut auslösen.

Traum eines entstehenden Dschungels.

***

Phänomene unklaren Ursprungs, wie hier eine Staubschicht auf der Scheibe und die Beeinträchtigung des Raumes, die sie hervorruft. Als stiller Störfaktor gärt ein Quäntchen Schatten in diesem Schleier, wobei die Verwandlung, so ganz eingebettet, nicht wahrgenommen wird. Und doch gibt es unwissentlich eine Änderung des Geisteszustands.

Einmal im Bruch, Zersplitterung als Resultat des Zerstörens, greifen Glas und Staub den Raum nicht mehr wie Filter an. Je nach Lichtintensität strahlen die am wenigsten beschmutzten Oberflächen ein Glitzern aus und zeugen für das sich Auslöschende, unausweichlich Verschlammte.

Weiter: den Müssiggang mit dem wechselhaften Wetter verbinden, mit seinen Aufheiterungen und Verdüsterungen.

***

An die sorgfältig im Gestell aufgereihten Massen denken. Eigenartige Überbleibsel, bei Kellerbesuchen wie Zeitkapseln zu entdecken. Nachdem man die äussere Schicht der Unklares enthaltenden Behälter abgewischt hat, treten Pflaumenrunde oder Fischlängen unbeweglich zutage, eingelegt in eine für lange Hunger- und Durststrecken geeignete Lösung.

Materialwahl für den Bedarf der Mutierenden.

Im Larvenstadium erstarrt, mit weissen Häuten, vermitteln sie dennoch den Eindruck sexuell voll entwickelter Wesen. Membranen verbinden noch handtellerartig die Finger. Eine Schwellstelle könnte der Keim einer Flosse sein. Letztlich ist vielleicht alles verschmolzen.

***

Schmutzige Paste der Keller, in der ein Mischmasch zum schlammigen Überzug wird; Ausdünstung aromatischer und verweslicher Substanzen.

***

Ein Bildschirm überträgt die Sezierung einer Wasserleiche. Als der Arzt mit seinem Skalpell die dicke bläuliche Haut durchtrennen will, muss er mehrere Male ansetzen, als würde er in einen Ballon schneiden, bevor ein plötzlich aufquellender weisser Schaum daraus entweicht. Die Autopsie legt Konkremente in der Luftröhre frei. Man findet insbesondere ein Tier darin, zum Beispiel einen Falter.

***

Die in der Strömung strudelnden Halme sind weiter oben an etwas Unbeweglichem befestigt.

Die am Ufer schon halb zerfallenen Quallen werden im Hin und Her des Wassers weiter verformt, in dem sie schwerelos eine Weile treiben, die sie durchschüttelt. Der Augenblick, in dem ein Körper sich niederlegt, in seinen Grundfesten eine Achse setzt, um die herum die Extremitäten frei variieren: eine Zeit, in der die Aufgeweichten in ihren Umrissen tanzen.

Wie die Überreste, die sich an Abflusswänden ablagern, eine niedere Mischung aus Haar und Seife. Die Verdichtungen enthalten Hohlräume, in die sich das aus der Masse Gefilterte zu schmiegen beginnt, das dann zwischen den heraushängenden Dingen heraustropft. In die Belüftung gelangen, nach dem tröpfchenweisen Vorankommen in der Sättigung. Auf der anderen Seite wird es ertränkt. Es haftet an den Waden, man watet im scheinbar Stagnierenden, das jedoch langsam in der Badewanne ausläuft. Ein Knäuel wie ein Stöpsel, ein effizientes, in eine versteckte Leitung einzuführendes Gebilde, auf dass es den benutzten Raum verändere. Das Objekt, das Badezimmer, und sein ummauerter Nebenraum, eine Mechanik der Kontinenz, zeigen sich bei der Störung vereint.

***

Eine Textur aus trockenen Ölen, Benzin, das die Krusten einweicht. Die spezielle Art, mit der sich Zähflüssiges ausbreitet, sich bei vermindertem Neigewinkel verlangsamt. Zwischen den Ölflecken stellt sich allmählich eine Kontinuität ein. Vereinzelt zuerst, schliessen sie sich zusammen und verbinden sich zu dichteren Ballungen. Der Vorgang wiederholt sich, bis nur noch eine grosse Scheibe mitten im Wasser bleibt.

***

Verschüttung von Klebemittel auf eine abschüssige steinige Fläche, auf der die zähflüssige Masse sich mit Sand und Staub vermengt. Beim Überfliessen gibt es neue Verzweigungen. Die Verhärtung kommt manchmal dem vollständigen Ausfliessen der Flüssigkeit bis nach unten zuvor. Neue Reliefs entstehen so am Hang.

***

Ein Kanister voll Regen mit einem Stück Laub auf der Oberfläche, was dem Wasser ein krümeliges Aussehen verleiht: eine feine Schicht gleichmässig verteilter Haare.

Die Wahrnehmung schwankt zwischen einem Geliermittel in Aktion und ineinander verschlungenen Rissen; etwas Weiches, das überhandnimmt, oder eine zerbrochene Glasschicht.

Trotz dieses Filigranen breitet sich hier in Schleierform ringsum eine alltägliche Unordnung aus, es hat etwas von einem Spiegel in der Ecke eines Gartens, Widerscheine mitten im Gewirr, eine Mischung von Klarem und Trübem.

Was zu tun wäre: eine Schüssel mit Wasser füllen und mit Haaren bestreuen. Ihr ein Neon zur Beleuchtung beigeben, und das Ganze ins Bücherregal stellen.

Der vorliegende Text ist ein Auszug aus dem 2017 im Verlag Contre-mur in Marseille erschienenen Text

«r a z»

http://www.contre-mur.com/project/r-a-z

Aus dem Französischen übersetzt von Ruth Gantert.


Baptiste Gaillard
geboren 1982, war Installations- und Objektkünstler, bevor er die Sprache zu seinem primären Arbeitsmaterial machte. Er lebt in Lausanne.

Ausgezeichnetes Werk: «Un domaine des corpuscules», Lyon, Hippocampe éditions 2017.

Prix suisse de littérature 2018 pour “Un domaine des corpuscules”

http://www.prixlitterature.ch/fr/


Tournée de lecture Prix suisses de littérature 2018

1) Donnerstag, 1. März, 19:00, Bern, Buchhandlung Haupt, Falkenplatz 14, mit Michael Fehr und Jérôme Meizoz. Sprecher: Ulrich Beseler. Moderation: Tabea Steiner. Eintritt Fr. 16.-, www.haupt.ch

2) Donnerstag, 8. März, 19:00, Stein am Rhein, Museum Lindwurm, im Jakob und Emma Windler-Saal, Bürgerasyl, Obergass 13, mit Michael Fehr und Manuel Troller (Gitarre). Moderation: Hansueli Probst. www.lindwurmlesereihe.ch

3) Sabato, 10 marzo, 18:00, Mendrisio, Libreria dei ragazzi, via Paolo Torriani 9a, con Anna Felder e Fabiano Alborghetti. Moderazione: Yari Bernasconi. In collaborazione con Chiasso Letteraria, www.chiassoletteraria.ch

4) Mardi 20 mars, 19:30, Martigny, Manoir de la Ville, avec Jérôme Meizoz et Fabiano Alborghetti. Vincent David (comédien), Valentin Chappot (musique). Modération: Céline Cerny. En collaboration avec l‘association „Cellules poétiques“.

5) Mittwoch, 21. März, 20:00, Solothurn, Buchhaus Lüthy, Gurzelngasse 17, mit Friederike Kretzen und Michael Fehr. Moderation: Hansueli Probst. www.buchhaus.ch

6) Jeudi 22 mars, 18:30, Fribourg / Donnerstag, 22. März, 18:30, Freiburg, Salle Rossier, Rue de l’Hôpital 2, avec Jérôme Meizoz et Michael Fehr. Modération: Nathalie Garbely. Avec la collaboration de la Bibliothèque de la Ville et la Deutsche Bibliothek, www.bibliothequefribourg.ch

7) Mittwoch, 28. März, 19:30, Frauenfeld, Kantonsbibliothek Thurgau, Promenadenstrasse 12, mit Friederike Kretzen und Yael Inokai. Moderation: Michael Guggenheimer. www.kantonsbibliothek.tg.ch

8) Dienstag, 3. April, 20:00, Zürich, Kosmos, Lagerstr. 102, mit Yael Inokai und Michael Fehr. Moderation: Michael Guggenheimer. www.kosmos.ch

9) Mardi 10 avril, 19:00, Bienne / Dienstag, 10. April, 19:00, Biel, Nouveau Musée de Bienne (NMB), Faubourg du Lac 52, avec Baptiste Gaillard et Friederike Kretzen. Modération: Nathalie Garbely. Avec la collaboration du
Lyceum Club International Bienne, www.nmbienne.ch, www.lyceumclubbiel.ch

10)Mittwoch, 11. April, 19:00, Winterthur, Winterthurer Bibliotheken, Stadtbibliothek am Kirchplatz, Obere Kirchgasse 6, mit Dumenic Andry und Friederike Kretzen. Moderation: Martina Kuoni. bibliotheken.winterthur.ch

11)Donnerstag, 12. April, 18:00, Chur, Kantonsbibliothek Graubünden, Karlihofplatz, mit Dumenic Andry und Michael Fehr. Moderation: Martina Kuoni.

12)Mardi 17 avril, 19:00, Genève, Bibliothèque de la Cité, Place des TroisPerdrix 5, avec Fabiano Alborghetti et Jérôme Meizoz. Modération: Geneviève Bridel. www.ville-ge.ch/bm

13) Mittwoch, 18. April, 19:45, Stans, lit.z Literaturhaus Zentralschweiz, Alter Postplatz 3, mit Dumenic Andry und Friederike Kretzen. Adi Blum (Musik). Moderation: Beat Mazenauer. Eintritt Fr. 18.-/15.-, www.lit-z.ch

14)Samedi 21 avril, 10:00, Chaux-de-Fonds, Bibliothèque de la Ville, avec Baptiste Gaillard et Dumenic Andry. Walter Rosselli (traducteur), Modération: Thomas Sandoz.

15)Mittwoch, 25. April, 19:30, Liestal, Kantonsbibliothek Baselland, Emma Herwegh-Platz 4, mit Yael Inokai und Friederike Kretzen. Moderation: Martin Zingg. www.kbl.ch

16)Samedi 28 avril, 17:00, Genève, Salon du livre, Place Suisse, avec Fabiano Alborghetti, Dumenic Andry, Michael Fehr, Baptiste Gaillard, Yael Inokai Friederike, Kretzen et Jérôme Meizoz, ainsi que Yla Von Dach. Modération: Mélanie Melanie Croubalian, traduction: Ruth Gantert, lecture: Caroline Gasser (comédienne). www.salondulivre.ch

17)Mittwoch, 16. Mai, 20:00, Aarau, Stadtbibliothek Aarau, Graben 15, mit Michael Fehr und Yael Inokai. Moderation: Michael Guggenheimer. www.stadtbibliothekaarau.ch

18)Giovedi, 24 maggio, 18:30, Ascona, Monte Verità, con Anna Felder e Yael Inokai. Moderazione: Cristina Foglia e Ruth Gantert. www.monteverita.org

19) Mardi 29 mai, 19:00, Porrentruy, Bibliothèque cantonale jurassienne, Espace Renfer, avec Jérôme Meizoz et Fabiano Alborghetti. Vincent David (comédien). Modération: Céline Cerny.

http://www.premiletteratura.ch/fr/lesereise-2018/