La Maison Monde

«La poésie (…) doit chercher à créer un dialogue intimiste, un tête-à-tête avec le lecteur, une relation privilégiée, profonde, loin des foules et des projecteurs». (Julien Buri à propos de Louise Glück dans Le Temps du 23 avril 2021)

LA MAISON MONDE est un jeu de médiation culturelle mettant en valeur des objets littéraires singuliers dans le cadre de relations individuelles et au moyen d’un outil inspiré du jeu de tarot compris comme machine à faire parler.

Raison d’être du dispositif

L’offre culturelle semble aujourd’hui plus foisonnante que jamais. Dans le domaine de la littérature, un roulement continu de produits alimente les librairies et les émissions ou les cahiers culturels. Pourtant, en marge de cette profusion, certains types d’écriture atteignent difficilement leur public et n’ont pour ainsi dire presque pas d’écho, alors même qu’ils se pensent dans la durée. Ce sont par exemple des textes qui entendent la langue comme une matière, avec ses opacités et ses résistances. Ou des textes qu’il ne faudrait pas (seulement) chercher à comprendre, mais qu’il faudrait aborder comme des expériences.

Des solutions ont été inventées dans tous les champs de la culture pour composer avec la faible visibilité des formes dites mineures. Une attention particulière est par exemple portée à la lecture publique, avec plus ou moins de pertinence et de succès. Ce format est ainsi devenu un outil important pour la promotion des auteurs et des livres, qu’ils aient du succès ou soient souterrains. Si la spectacularisation permet de faire événement autour d’objets fragiles, elle n’est cependant pas un remède miracle face à l’aplanissement des pensées. Les spectateurs sont en effet tacitement compris comme des multitudes silencieuses, dont chaque membre est remplaçable, ce qui pose problème en termes de partage et de participation.

Nous entendons parfois dire que l’offre culturelle est proche de la saturation. Nous devrions peut-être considérer qu’il n’y a au contraire pas assez de points de contact. Des événements plus nombreux, mais rassemblant moins de monde permettraient à la voix de chacun d’exister et à la culture de prendre la forme d’un échange. Il s’agit en quelques sortes de développement durable dans le domaine du sensible et de la pensée.

LA MAISON MONDE s’inscrit dans cette logique et suppose une adéquation particulière entre des textes qui existent en marge des systèmes de diffusion habituels et une manière de concevoir le public au singulier. Si l’essaimage aveugle sous forme de communiqués de presse et de relais médias ne fonctionne pas bien pour certaines pratiques artistiques, c’est aussi parce que ces pratiques sont hermétiques à l’essaimage aveugle. Cette qualité ne devrait pas les rendre invisibles. En mettant en place un dispositif de partage singulier, il s’agit d’inventer une médiation adaptée à des formes discrètes, en partant du principe qu’elles auront une meilleure résonance dans un lien individuel qu’en se calquant sur les modes de diffusion propres à l’industrie culturelle.

Trois objectifs et demi

Premièrement, l’action a pour objectif de partager et de faire entendre des écritures singulières et de qualité, qui restent discrètes et rares par la force des choses et se trouvent souvent marginalisées. Par extension, l’objectif est de donner accès à certains horizons de la création et de la pensée contemporaine.

Deuxièmement, le dispositif de médiation a pour objectif d’établir une relation de main à main, d’un individu à un autre autour de ces textes. Les présences, les avis et les sensibilités doivent compter de manière irremplaçable. Cette relation unique et singulière doit permettre l’émergence d’un dialogue presque chuchoté autour des œuvres et susciter en retour l’intuition d’une congruence entre ces textes et ce mode de relation.

Troisièmement, l’action de médiation vise à décomplexer les pratiques de lecture et à s’approprier librement les objets culturels. Les textes sont ici entendus comme des boites à outils ou comme des machines à parler. Le dispositif ne vise pas à interpréter ou expliciter le sens des textes, mais à en faire l’expérience, et par extension à susciter une approche de la lecture comme expérimentation.

Enfin il existe un quatrième (semi) objectif sous-jacent. L’initiateur du projet étant lui-même artiste et écrivain, la sélection de textes qu’il donnera à entendre dessinera en creux une image de sa propre pratique, à partir de ses champs d’intérêt.

Description de l’action

L’action de médiation, tenant de la lecture publique, de l’atelier et du dialogue, consiste en une série de quasi-performances auxquelles chaque participant·e contribue grâce à ses choix et à sa prise de parole. Les séances sont individuelles, durent environ trois quarts d’heure, et empruntent leur structure à la lecture de tarot entendue comme jeu permettant de parler. Il ne s’agit pas de prédire l’avenir ou d’apporter des réponses, mais d’interroger le texte et de composer ensemble un moment où se mêlent la lecture et l’évocation d’expériences et de pensées chez les participant·e·s. Il s’agit donc de créer un espace de partage, où le moment traditionnel de la lecture publique devient un moment presque intime, auquel l’auteur comme le spectateur contribuent en faisant acte de résonance.

Déroulement type

Après une brève introduction, la séance commence par un moment de mise en condition sous forme de silence, de respiration, presque de méditation en vue d’arriver à un état de disponibilité et de synchronisation. La personne est alors invitée à tirer une carte de tarot qui est sa carte d’entrée, plaçant la lecture sous son signe. Le médiateur parle de cette carte en quelques mots, puis lit à voix haute le texte lié à cette carte. L’idée à ce stade est de mettre en place les conditions permettant à la participante ou au participant de vivre une expérience. Une fois la lecture terminée, la personne est invitée à choisir une seconde carte, qui est sa carte de parole. Elle peut alors librement exprimer un ressenti, raconter un souvenir, alimenter une réflexion par rapport à ce texte. Elle peut aussi s’en éloigner en parlant d’elle-même. Il s’agit à ce stade d’un moment d’échange et de co-construction. Au sortir de la séance, la personne est invitée à tirer une dernière carte de tarot, qui est sa carte de sortie. Le médiateur peut à nouveau en dire quelques mots, mais sans lui conférer de sens. Elle qualifie ce moment qui s’achève aussi bien que celui qui s’ouvre hors séance. Cette carte, à emporter, fonctionne comme une invitation faite au participant ou à la participante à prolonger dans sa vie cette liberté de lecture et d’échange.

Bibliographie

Le jeu original de La maison monde est particulièrement lié à son auteur, dans le sens où les livres prévus pour y jouer ont été rassemblés dans un panier de lecture, et qu’ils ne sont pas tous facilement retrouvables. Ce qui n’empêche pas de hacker le jeu, de le détourner, ou de produire une autre bibliographie pour y jouer selon les règles. Dans le jeu original, chaque participant repart avec sa carte de sortie. Au dos de cette carte (comme de toutes les autres) se trouve la bibliographie complète du jeu.

(n.b : Les textes n’ont pas été choisis pour un lien avec les cartes auxquelles ils ont été attaché. La bibliographie, momentané subjectif, a été ventilée dans l’ordre des cartes par ordre alphabétique).

(I – Le Bateleur) Antin David, Accorder, Héros-Limite, 2012 (traduction Pascal Poyet)
(II – La Papesse) Baqué Joël, Ruche, Éric Pesty, 2019
(III – L’Impératrice) Bennett Guy, Œuvres presque accomplies, L’Attente, 2018 (traduction Frédéric Forte et l’auteur)
(IV – L’Empereur) Berssenbrugge Mei-Mei, Le Taj bleu, Les cahiers de Royaumont, 1991 (traduction Pierre Alferi)
(V – Le Pape) Chopard Cléa, Ancolie commune, Héros-Limite/L’Ours Blanc, 2017
(VI – L’Amoureux) Doppelt Suzanne, Le pré est vénéneux, P.O.L, 2007
(VII – Le Chariot) Eigner Larry, De l’air porteur, José Corti, 2014 (traduction Martin Richet)
(VIII – La Justice) Etel Adnan, Nuit, L’Attente, 2017 (traduction Françoise Despalles)
(IX – L’Ermite) Gahse Zsuzsanna, Cubes danubiens, Hippocampe, 2019 (traduction Marion Graf)
(X – La Roue de la Fortune) Hocquard Emmanuel, Le cours de Pise, P.O.L, 2018
(XI – La Force) Jouy Anna, De feuilles qu’une fois, Alcyone, 2021
(XII – Le Pendu) Lassalle Jean-René, Rêve : Mèng, Grèges, 2016
(XIII – La Mort) Moussempès Sandra, Colloque des télépathes, L’Attente, 2017
(XIV – La Tempérance) Nelson Maggie, Bluets, Le sous-sol, 2019 (traduction Céline Leroy)
(XV – Le Diable) Omran Rasha, Celle qui habitait la maison avant moi, Héros-Limite/L’Ours Blanc, 2021 (traduction Henri Jules Julien et Mireille Mikhaïl)
(XVI – La Maison Dieu) Pantano Daniele, Chiens dans des champs en friche, Éditions d’en bas, 2020 (traduction Eva Antonnikov)
(XVII – L’Étoile) Reznikoff Charles, Inscriptions, Nous, 2018 (traduction Thierry Gillybœuf)
(XVIII – La Lune) Ruffieux Marie-Luce, La nageoire de l’histoire, Contrat maint, 2016
(XIX – Le Soleil) Sbrissa Isabelle, Tout tient tout, Héros-Limite, 2021
(XX – Le Jugement) Sekiguchi Ryoko, Présentation de dix quartiers de Shinguku à usage purement personnel et nostalgique, Ink, 2011
(XXI – Le Monde) Swensen Cole, Nef, Les petits matins, 2005 (traduction Rémi Bouthonnier)
(Le Fou) Tardy Nicolas, Gravitations autour d’un double soleil, Série discrète, 2018

Pour m’inviter à activer La Maison monde, merci de me contacter via l’onglet dédié de ce site.

Galerie

Ombres blanches sur fond presque blanc

« Les récits que Baptiste Gaillard développe de livres en livres décrivent des scènes sans personnages, dans lesquelles seuls des processus anonymes adviennent : germination, pourrissement, mouvement des fluides, expansions, rétractations. On est dans le monde sublunaire d’où est bannie toute idée de permanence. Les livres de Baptiste Gaillard tiennent la chronique de ces événements naturels, ils en traquent la monotonie.

Ici, la « blancheur » du titre fait songer à l’aveuglement qui précède l’évanouissement. Les phénomènes étudiés dans ce long poème sont situés à la limite du discernable. Quasi inaudibles, à peine visibles, furtifs, évanescents, ils se succèdent en s’annulant. Une fois de plus, rien ne semble devoir en résulter que leur enchaînement ad libitum. D’où l’ambiance fantomatique qui se dégage d’Ombres blanches sur fond presque blanc. »

Extrait du texte

« 3 questions à… » sur Ombres blanches sur fond presque blanc

Revue L’Ours blanc (diffusion par abonnement)

Héros-Limite (diffusion en librairie)
isbn 978-2-88955-042-5

événements

Revue Hippocampe numéro 15 / automne 2018

DOSSIER « LA PEAU »
120 pages / 20 x 26 cm
Dos carré collé
ISBN : 9791096911097

Lien

avec un extrait de Bonsaï

Sommaire

Périscope – recherches et idées

Alain FreudigerL’Homme apparaît au Quaternaire : un memento mori pour l’Anthropocène (à propos de Max Frisch)
Camille Paulhan, L’art de la gomme. Estompages, évanouissements, imprégnations (à propos de Jérémie Bennequin, Estefanía Peñafiel Loaiza et Marianne Mispelaëre)
Warren Lambert, Hallali à Hollywood (cervidés au cinéma)
Erik Bullot, Lac clair. Notes sur A Survey de Michael Snow
Sylvie Lagnier, Jean-Marie Pontévia (1930-1982). Et si tout l’entreprise de l’art était de désarmer le discours ?
Alain Freudiger, Lumières d’une Nuit d’été. Sillanpää, Strindberg, Bergman

Vigie– création

Jacques Sicard, Opus 8 – Suites chromatiques. L’Hirondelle
Denise Le Dantec, Choix de poèmes
Julio Ramon Ribeyro, Bons mots de Luden
Stéphane Marte, L’Après-midi des après-midi
Baptiste Gaillard, Bonsaï
Fabien Clouette et Quentin Leclerc, Surface Zero

Dossier « La peau »

Caroline Parietti, Journal de la peau
Heidi Bucher, Portfolio : la peau de l’architecture
Kazumichi Hashimoto, Les empreintes digitales d’un fantôme
Jacques Roman, La peau de nuit
Christine Bergé, Des prêtres en peau de panthère dans les rituels de l’Egypte antique
David Collin, Ecorché vif. La peau de Barthélémy ou le voyage d’une idée

Sonar- rubriques

Jean-Guy Coulange, Groix, une île en hiver. Pour une création radiophonique – micro fiction
Philippe Baudouin, Sortilèges phonographiques. Archéologie des machines parlantes

Une terrasse comme miroir aux endives et à la cosmologie

Exposition A new spirit in lasagnas, vol.3
NewJerseyy
Hüningerstrasse 18,
CH-4056 Basel,
du 1 mai au 30 mai 2009

Plus d’infos

Liens

L’exposition sur le site de NewJerseyy

Texte de l’exposition

A New Spirit in Lasagnas est une exposition en trois volets (DARSE, Genève; CIRCUIT, Lausanne et NEW JERSEYY, Bâle) de très jeunes artistes venant de toute la Suisse, vivant et travaillant entre Genève et Lausanne. Certains sont autodidactes, d’autres sont encore à l’école ou fraîchement diplômés, pour la plupart du département de peinture/dessin de la HEAD à Genève, où j’enseigne sous l’égide de Peter Roesch et Caroline Bachman depuis quelques années.

Effet de génération: contrairement à leurs aînés immédiats, la plupart de ces artistes ne s’inscrivent pas dans une filiation liée à l’histoire de l’abstraction qui, depuis près de vingt ans – de Neuchâtel à Paris, de Genève à New York, via Lausanne – a régit la réception de l’art romand, tant en suisse qu’à l’étranger. Bien que je sois personnellement très attaché à ce fonctionnement familial («mais qui tient le magasin ?»), je me dit que finalement, ce modèle à peut-être vécu, peut-être tout simplement parce que nous avons affaire ici à une génération d’artistes suisses véritablement internationaux, aux origines péruvienne, syrienne, japonaise, américaine, espagnole, colombienne, etc.

Le titre de l’exposition est censé rappeler une célèbre exposition de peintures figuratives qui a eu lieu à la Royal Academy à Londres en 1981, et est le slogan d’une devanture de restaurant italien vu à Nagoya le 11 Septembre 2001. L’affiche de l’exposition a été réalisée par Kim Seob Boninsegni, un artiste et commissaire d’exposition qui fut le premier à exposer nombreux des artistes ici présents. (Fabrice Stroun)