Bonsaï

– Sur le site des éditions Hippocampe
Premières pages du livre
– Dans la revue Watts #5

ISBN 979-10-96911-13-4
Poésie /120 pages / 14×21 cm

Extrait

Qu’un rivage soit mimé par des ridules, et l’immensité de la mer par du lisse. Une complexité dans certaines peintures, où des aires sont planes, séparées par des flétrissures. Plusieurs matières mettent un autre temps à sécher, entre elles se rétractent. La frontière entre différentes peaux différemment froissées. Il s’agit d’un seul tableau.  

Présentation

L’écriture peut se concevoir comme un ensemble en expansion, grandissant en son centre par associations, fonctionnant selon une logique de déploiement, de variations et de déclinaisons, à la manière d’une tapisserie. Bonsaï trouve au contraire son origine dans le traitement de scories et de bribes, écartées de précédents textes au moment où s’en est dessinée l’unité. À partir de tels éléments, l’écriture s’amorce de manière plus succincte et modeste. Elle s’attache à l’abstention, à l’interruption, à la ligature, tout en gardant quelque chose de l’ordre du suintement.

Un guide de vulgarisation sur les bonsaïs, avec ses illustrations de petits arbres évoquant de courts textes, introduit l’idée d’une proximité entre cette pratique ornementale et l’écriture en général, mais le bonsaï est surtout devenu ici une forme poétique inventée pour soutenir ce travail des restes en arabesques. Dans un même livre, il y a alors le texte lui-même, le corps du texte, et il y a une bande passante où se trouvent des emprunts à un autre texte, auxquels vont pouvoir s’adosser les premiers, comme à des titres, des tuteurs. Ces deux textes cohabitent cependant d’une manière circonstancielle. Bonsaï met en œuvre une certaine aptitude à la non-coïncidence, à l’inajustement.

 

 

r a z

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ISBN : 978-2-9547306-6-0
Couverture de Caroline Scherb

Présentation

Suivre au plus près les mutations d’un décor-monde à dominante organique, porter attention aux nuances de changements d’états et de formes des matériaux, des matières… voilà où — de flashs d’images en flashs d’images — ce texte nous entraine dans une expérience de visualisation et de perception du monde qui nous entoure — l’infiniment petit y compris.

Extrait

Baptiste Gaillard - r a zBaptiste Gaillard - r a zBaptiste Gaillard - r a z

Liens

Extrait de r a z dans le numéro 39 de la revue rehauts
Carte blanche aux éditions Contre-mur durant la 6ème édition d’Impressions / Multiples, ESAM, Caen

 

 

 

Caméléon

Caméléon est un livre créé et publié par Deirdre O’Leary et Baptiste Gaillard.

Les chercheurs ont bétonné une fourmilière, répandant des litres s’agglomérant, puis ont commencé à déblayer la terre à la pelle et au pinceau autour de la structure pétrifiée.

Un vaste cité se dévoile un peu plus à chaque étape de l’excavation, une cathédrale miniature, faisant penser à l’ouvrage d’espèces aliens.

La nef centrale est prolongée par d’irrégulières expansions, des chambres répétitives, des sas et des cocons de formes variées.

D’autres cavités plus grandes encore succèdent à ces boyaux de fuite. L’élargissement de la structure, d’abord pareil à celui des branches à partir du tronc, se referme sur lui-même quand différentes ramifications se rejoignent.

(…)

Caméléon a bénéficié du soutien de www.kulturesk.ch

Le Chemin de Lennie

Le livre sur le site de la HEAD (à la commande)
Le livre sur le site des éditions Héros-Limite
Une lecture critique par Samuel Rochery
Présentation par Hervé Laurent
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Éditions Héros-Limite, Genève, en coédition avec la HEAD – Genève
44 pages
140×215 mm
2013
isbn 978-2-940358-95-3

Quatrième de couverture

Se tétaniser et se fondre tout entier dans l’environnement, faire sien chaque bout de terre, chaque petit morceau qui dépasse, devenir une feuille ou une noix, devenir une pierre froide peu accueillante, quelque chose qui ne se mange pas, devenir effacé et survivre.

Extrait du Chemin de Lennie

Diurnes et nocturnes dérivent dans le désordre sans chemin.

Tout l’espace est une place où s’écoulent les organiques, les êtres étranges des ombres, en vastes mouvements contradictoires de flux et reflux qui se mélangent et se recouvrent, en mouvements auxquels la terre est indifférente et auxquels les minéraux ne répondent pas.

A chaque parcelle le même carrefour propice à la dispersion.

Il y a des fruits pourris par terre. Le ciel est un bloc. Des gourdes sucrées se balancent dans le vent, et sont aussi étalées partout sur le sol.

L’eau est un ruissellement. Les tissus organiques sont des poches qui se creusent, les restes affaissés d’un système d’échanges d’eau et de nutriments. Les fruits ne sont plus que des amas, des sacoches molles et crevées.

Le pédoncule reste solide au milieu d’informes décompositions, il dépasse comme une tige de bois plantée dans la masse. La peau fripée se replie sur elle-même. Le cadavre est l’endroit où les fourmis et les guêpes sont en lutte du sucre.

Leur mot d’ordre est de manger tout de suite le reste, ou d’emporter le fruit par morceaux. C’est un objet riche, un trésor d’énergie. Ils vivent en mangeant de l’énergie résiduelle. Les fruits sont des morts, il faut maintenant les dépecer de leur énergie perdue. Il ne restera rien.

Le soleil a tout donné au fruit, le sucre est une synthèse. Les insectes sont en lutte du sucre. Le fruit est un lieu au sol où la vie converge et s’affaire, la poussière s’y colle. Les odeurs se réveillent.

Le fruit a seulement l’air affaissé, mais toutes les bêtes du coin s’y cachent. Elles sont venues pour le sucre. Elles sont sorties des cartons, des pierres et des bouts de terre dispersés. Le fruit est un peu coulant, il est vieux, mais sa peau est le repaire de toutes les bêtes du quartier. Elles sont venues.

Aucun enfant ne mettra sa main au pourri, il y a trop de cauchemars dans sa tête. Ce qui grouille répugne au point de s’en tenir loin. Il n’y a pas de grouillements dans les grands espaces, il n’y en a que dans les coins étroits, sous les plafonds bas, entre les cloisons où l’espace est exigu. Il y en a dans les replis de la matière. Les vacarmes soudains sont dans les lisières les plus fines du corps. L’esprit est une immensité serrée où la peur peut commencer à s’incarner. S’y trouvent à la fois les butées et les fosses qui lui sont nécessaires. Avec la proximité, l’intérieur d’un fruit pourri devient illimité. Les enfants ont appris à ne pas mettre leurs doigts n’importe où. Les clous rouillés portent la mort. Les insectes sont des pointes.

La peau n’est qu’un voile. Le débordement secret du fruit en graines est pour le sol. Pourriture des organismes, macération des jus, la mort est un précipice. Les insectes ne sont pas des corps comme les autres. Ce sont des forces qui luttent pour elles-mêmes et participent au grand démantèlement. Le sol sera bientôt vide à nouveau.

Aucune espèce n’est vraiment sociale.

Vers insectes œufs larves métamorphoses écailles ailes obscurcissent le ciel en s’échappant des troncs morts qui partout sont étendus de travers.

Dans le désordre, il n’y a rien qui ne soit de travers.

Les troncs morts sont du bois livré à la pluie, sans retour possible, de la chair vermoulue. Le bois mort et les troncs creux sont des repères fixes dans les herbes et les fougères qui grandissent encore, ce sont des lieux dormants, cachés des hauteurs du ciel, dissimulés dans les ronces et dans les tiges poilues, dont les extrémités arborent de petites fleurs maigres et dures.

Autour des souches qui sont des cheminées, il y a de l’air, mais il n’y a pas de vent. L’univers peut être figé soudain.

Les endroits sombres du fond des bois sont souvent plongés dans le sommeil. Il ne s’y passe rien, même si l’on y jette des cailloux. Mais il y a partout la possibilité enfouie d’un réveil. Le silence est un gonflement de l’inexorable prêt à crever l’enveloppe qui le contient. Les ombres regorgent de vies sous-estimées.

Le règne des nuages dépend d’un état de suspension.

(…)

Présentation du livre par Hervé Laurent

Le Chemin de Lennie de Baptiste Gaillard se présente comme un long poème en prose déroulant une suite, quasi litanique dans sa forme répétitive, de phénomènes naturels dont jamais le cadre spatial ni l’ancrage temporel ne sont précisés. Une forme de vertige accompagne la lecture de cette chronique discontinue qui prend des allures d’Histoire de l’éternité naturelle, pour paraphraser le beau titre d’un livre de Borges. La dynamique du vivant ne fait ici l’objet d’aucune théorie évolutionniste, ni d’aucun jugement de valeur; elle est plutôt racontée sur le mode de la hantise: la prédation, la mort, le pourrissement, la prolifération aveugle, rythment la cadence des métamorphoses par lesquelles le vivant obéit à son inexorable objectif d’expansion.

L’écriture de Baptiste Gaillard épouse la forme cyclique des phénomènes qu’elle décrit. La répétition, la reprise, amènent à chaque fois une précision supplémentaire, s’attardent sur un aspect ignoré par les narrations antérieures, déplient une dimension négligée d’un processus de développement. De manière symptomatique, le texte est ponctué de «il y a», cette forme lourde que le Maître ou la Maîtresse nous apprend à bannir des premières rédactions écrites à l’école et qui revient pourtant ici naturellement sous la plume: «Il y a», c’est le constat, l’incontournable réalité qui est donnée dans sa brutalité, énumérée, grossièrement détaillée. «Il y a», c’est le contraire du «Il était une fois», cette formule par laquelle s’ouvre l’espace enchanté du conte, la garantie d’une histoire avec des personnages, bons ou méchants, et une fin, heureuse ou malheureuse, peu importe, mais une fin. Alors qu’avec le «Il y a», c’est comme si le récit se condamnait à la réitération, à l’anonymat des protagonistes, à l’absence de terme. Le chemin de Lennie, est un chemin étroit, c’est celui du langage lorsqu’il se risque à s’approcher au plus près du vivant sans rien cacher de la menace, de la force incontrôlable, de la dynamique impitoyable qui le caractérisent. Et le cheminement suivi, dans ce cas précis, n’offre pas de point de vue à partir duquel se dégagerait une vue d’ensemble, n’opère pas dans la distance, refuse l’imitation; il louvoie, il s’insinue, il s’enfonce ou fait mine de s’enfoncer in media res, au cœur des choses.

Y a-t-il une idée de la boue? demande Platon dans un dialogue où il laisse deviner la fragilité de la position idéaliste. On pourrait ajouter Et si oui, quel langage peut la dire? Le livre de Baptiste Gaillard apporte de précieux éléments de réponse à cette dernière question qui est aussi, est-il besoin de le rappeler, un défi auquel ne peut se dérober l’écriture poétique.

Liens

Une soirée Courts lettrages au Centre international de poésie de Marseille
Extrait du Chemin de Lennie dans la Revue des Belles Lettres – 2012, 2

Un domaine des corpuscules

– Sur le site des éditions Hippocampe
Prix Suisse de littérature 2018
Liens

ISBN : 979-10-96911-02-8
Poésie / 96 pages / 14 x 21 cm

Extrait

De vastes halls des millions, toujours plus fines reposant parterre, mais aussi sur des rebords ou autres surfaces élevées. Versatiles et suffocantes à l’activation, des poussières en vaporisation soudaine. Des soulèvements puis une suspension lente, tout un monde qui s’éveille à chaque mouvement, quand une masse un peu plus grande perturbe l’air, brassant en passant l’ensemble du dépôt. Des scintillements dans la rasante, qui miroitent parce que dérangés.

Présentation

Comme la chrysalide pour les chenilles, le texte est une vaste usine des mutations. Il se déploie par capillarité et grandit par le milieu. Sa matière en évolution est régulièrement découpée, déplacée, réorganisée. Certains blocs se divisent pour former de nouveaux fragments, alors que d’autres entre eux s’agrègent. Du singulier ponctue l’itération des motifs, comme du solide restant dans un bain de macération : la délimitation est incertaine entre ce qui en est déjà, et ce qui résiste encore.

Quoique tenant plus du protéiforme que du déroulement ordonné d’un programme, Un domaine des corpuscules fait diffusément écho à la géométrie sale, notion centrale et titre d’un numéro de la revue Tissu. Hésitant entre enlisement et épiphanies, l’écriture se conçoit ici comme pensée de la poussière ou de la boue, et comme distillation dans sa grammaire de ce qu’elle charrie.

Liens

Dépeupler, Repeupler, critique de Romain Buffat sur le site de Viceversalitterature.ch
Nouvel hybride dans le paysage littéraire, critique de Pierre Mursan
sur le blog de l’uni
Le registre du mobile, lecture critique de Eric Duvoisin sur le site poesieromande.ch
Interview avec Romain Buffat
Tournée de lectures des prix suisses de littérature 2018
L’univers poétique de Baptiste Gaillard, par Stéfanie Rossier
Présence au salon du livre romand 2018
Radio Canut : La poésie débouche n.5, saison 2
Extrait traduit en italien par Pierre Lepori
– Extrait traduit en allemand par Gabriela Zehnder

Le site de la Nouvelle librairie de La Proue
Le site de la librairie Tschann