L’été des charognes, Simon Johannin

Impression qu’il existe ici plusieurs couches de malaise, de qualités différentes. La beauté des cadavres, des vers et des mouches participe d’une esthétique bien connue, même s’il s’agit de lapider des chiens, fracasser des crânes, jouer avec des os (cachés dans le caleçon). C’est un genre de beauté. Le vrai malaise est à chercher du côté d’une sorte de fond social au récit, la présence récurrente de motifs racistes, suspendus au jeu plutôt qu’à des convictions. Il s’agit par exemple de jouer à se taper avec la matraque retrouvée de l’amant nazi de la vieille tante, qu’il avait fabriquée en y gravant une croix gammée durant l’occupation, juste pour voir ce que ça fait de se faire cogner par une vraie matraque de vrai nazi. Ou de se bagarrer avec des gens du hameau voisin, après avoir dit « qu’on était pas des Arabes qui puent », parce que l’expression « nous avait bien fait marrer, même si on savait pas ce que c’était un Arabe ». Et puis conclure par « c’était une chouette bagarre, rien qu’avec les poings ». J’assimile ces situations à du malaise parce que là, je ne sais pas quoi penser, ni comment me positionner. Je sais que c’est un texte, dont je vois les qualités, mais je ne sais plus ce que je sens, ou je ne sens plus ce que je sais.

(Simon Johannin, L’été des Charognes, Paris : Allia, 2017)