Les céphéides

Présentation

Texte paru dans la revue de belles-lettres 2020, 1-2.

Les céphéides

Les céphéides sont de petites variations que l’on peut contempler en silence pour autant qu’on les remarque, de légers scintillements dans le ciel ici ou des gonflements gigantesques au loin. Elles apparaissent comme des objets dont on peut en regard se saisir et comme des respirations qui ne se laissent pas circonscrire. Elles se soustraient quand bien même elles se donnent.

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Un texte est de même à la fois objet défini et mouvement échappant aux consciences désireuses de s’en saisir. Tous ses fragments bougent, formant un ensemble de pulsations contraires dans un ciel où chaque unité gonfle et puis s’éteint. Le cumul des scintillements change sans cesse, l’intensité moyenne est instable, mais le dessin commun est sensible comme une forme sous-jacente.

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Un texte ce n’est pas une peinture ni une résine dont on verrait la forme changer en durcissant. Il ne fait pas de bulles ni ne réagit bien ou mal aux mélanges. C’est une matière sans accidents, sa respiration est différente. Une langue sèche pour rendre compte du monde, mais peu à peu elle se déforme bien qu’elle essaie de rester instrument : elle se charge d’une part de ce qu’elle décrit, s’en imprègne, commence à le mimer. Elle aussi, en ce sens, elle bouge.

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Le mouvement de ces astres quand ils se gonflent et qu’ils se vident évoque une musique pauvre, des singularités discrètes. Des moments fragiles de pensée s’amorcent dans l’inframince, dans cet écart qui n’en est presque pas un, où se joue quelque chose, lorsque se saisir c’est aussi sentir échapper. L’intensité n’est pas seulement ce qui vient, mais c’est encore ce qui s’en va.

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Des formes parfois se devinent à peine parce qu’elles viennent dans un fond qui leur ressemble et s’effacent aussitôt. Un peu comme l’eau tiède qu’on ne sent presque pas, ou quand on la sent ce n’est pas possible de savoir si c’est elle que l’on sent ou si c’est notre propre température. Ce qu’on appelle tiède, ce n’est presque rien.

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L’existence des formes est fragile, elles exigent la plus grande précision, mais aussi une part spéculative, sans quoi elles s’évanouissent pour de bon. Dans un chantier, les travaux amorcés en plusieurs points ne se rejoignent pas toujours mais permettent une percée par échos.

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Ce ne sont peut-être pas des objets qu’il s’agit de saisir, mais des lumières qui s’intensifient ou qui diminuent. Dans un cas, la pensée coule dans une absence comme dans un creux, prenant la place de ce qui s’éteint. Dans l’autre elle ruisselle et s’échappe, chassée par la montée en puissance de ce qui vient. Ce que cherche l’écriture est un peu des deux à la fois, dans ce mouvement, céphéide.