actualités

  • Publication
    Le livre Oise, de Simon Boudvin, est paru chez Building Books. Sur l’invitation de Simon, j’ai écrit deux textes (Figures de la vie sans eau & Corps de vapeur du prolétariat) pour ce livre qui évoque les carrières de l’Oise, les fossiles que l’on y trouve (ou que l’on a trouvés), les gens qui ont travaillé dans ces lieux, et les espaces creux des carrières, en écho des villes bâties avec ces pierres (une sorte de ville en négatif).
  • Événement
    À l’occasion de la sortie du livre, je participerai avec Simon Boudvin et l’équipe éditorial à une rencontre autour de Oise à La Maréchalerie (Centre d’art contemporain ENSA de Versailles) le 29 juin à 19h (auditorium de la Forge).
  • Exposition
    Dans le cadre du projet Typoetry, Juan Feng a créé une affiche à partir d’un extrait de mon texte Un test de fragilité, exposée à l’entrée de la Stratford Library à Londres. De nombreuses autres affiches sont à découvrir dans le quartier de Newham jusqu’au 17 juillet.
Poem by Baptiste Gaillard. Design by Juan Feng, Master Type Design, ECAL/University of Art and Design of Lausanne. ©Calum Douglas
  • Publication
    Parution du livre El tiempo en que vivimos (Rey Naranjo Editores), anthologie de poésie suisse actuelle publiée à Bogota, avec mes textes Les jungles du Yucatan & Les céphéides traduits en espagnol (Colombie) par Ariel Dilon, et de nombreux autres textes d’autrices et auteurs de Suisse.
  • Événement
    Soirée de performances lors de l’édition 2021 du European poetry festival (Sa 20.11.21, Rix Mix, London)
https://youtube.com/watch?v=TkcjUov8rV4%3Ffeature%3Doembed

Corps de vapeur du prolétariat

Un texte écrit pour le livre Oise, de Simon Boudvin (Building Books éditions)

Présentation du livre Oise (extrait du site de Building Books)

Il y a quarante millions d’années, s’étendait ici le bras d’une mer chaude, peuplée de mollusques et de plantes aquatiques, brassés par des courants qui les distribuaient selon leur force sur les fonds irréguliers, compactés par les âges en une masse crayeuse. Depuis deux mille ans, les carriers et terrassières extraient cette roche calcaire, une pierre à bâtir, à bâtir des corps de ferme, des maisons, des églises et Paris. Un travail de forçats livrant à la ville sa matière bloc par bloc, laissant dans le paysage des cavités immenses où beaucoup y ont laissé leur peau. D’autres rentrent le soir les poches pleines de fossiles, témoins d’une vie antédiluvienne. On dit d’une pierre qui présente des empreintes de vies fossilisées qu’elle est éveillée. Ce livre opère une coupe iconographique dans les carrières de l’Oise. Il compile des vues anciennes et actuelles qui donnent à voir comment la vie préhistorique a laissé des traces dans la roche et comment son extraction a marqué des vies.

Ouvrage imaginé par Simon Boudvin et Stéphane Dupont, inspiré de MATERA, Immagini e documenti, Mario Cresci, edizioni Meta Matera, 1975. Publication réalisée à l’occasion de l’exposition «Visible/Invisible», sous le commissariat de Nicolas Dorval-Bory et Guillaume Ramillien, pour la 2e édition de la Biennale d’architecture et de paysage d’Île-de-France à Versailles BAP ! 2022 «Terre et villes».

Building Books
Coédité avec / coedited with La Maréchalerie, centre d’art contemporain de l’École nationale supérieure d’architecture de Versailles
2022
Format 16,9×23,7 cm
320 pages
288 images monochromes / monochrome images
Langue / language FR
Conception graphique / graphic design Stéphane Dupont
Typographie / typeface Immortel Infra (Clément Le Tulle-Neyret, 205 TF)
Imprimé par / printed by Graphius à / in Gand (BE)
ISBN 978-2-492680-10-6

Extrait

Un corps de vapeur flotte dans les dédales de son activité sous forme de traces minuscules et de fonctions incertaines. C’est un manque et c’est un cumul, une présence de ce qui a disparu dans ce qui se maintient. Une foule, sa raréfaction, puis seulement des objets dans un domaine isolé d’opérations lentes et sans fin.

Des formes résiduelles de l’exploitation jonchent les taillis: pièces de rouille éparses, un morceau de corde, un lambeau de tissu, une bouteille à demi enfouie, des cheveux transparents dans la poussière, des mégots dans la terre ou dans leurs cendres. Ce sont des restes incertains, des objets sans contexte qui ne se lient aux activités que par évocation. Tous les abandons se ressemblent. D’autres existences, il ne reste rien: les voix par exemple ou les odeurs ne peuvent être reconstituées.

Dans le paysage des absences, les présences sont hantées.

Un cordon invisible dessine la frontière mouvante d’un espace de chantier, d’un marais ou d’une prairie creusée de gisements, d’une flaque aux têtards, d’une ancienne gravière avec pelleteuse à l’arrêt. L’entrée dans la zone est insensible. De temps en temps un caillou dévale de la pente. Parfois, durant la nuit, le grondement au loin d’un pan de terre qui s’affaisse évoque un accident de corniche, un éboulement de galeries.

Toute étendue comme instant provisoire d’une organisation: un parking ou un dépôt et de l’herbe qui pousse, envahit, enlise les machines, forme un nouveau revêtement.

La surface normale est une surface digérée.

Il y a prélèvement de pierres, exploitation de ressources, collection de curiosités: des morceaux d’ici se retrouvent là par incision et par déplacement. Parmi les empreintes, celles par la consigne du papier, avec des rapports, des classeurs, des schémas, un inventaire des mouvements du terrain et des hommes. Dans des étagères sous air conditionné, une matière de signes et de mots documente ailleurs une disparition.

À la cartographie des terres et aux protocoles d’exploitation répondent des organisations humaines, d’éphémères dispositions pour la résistance des corps aux emprises.

Le matin commence avant la lumière.

Un accident est signalé: une enfant indéterminée est tombée, un homme indéterminé est enseveli, une femme indéterminée est inconsciente, un groupe indéterminé est porté disparu.

(…)

Figures de la vie sans eau

Un texte écrit pour le livre Oise, de Simon Boudvin (Building Books éditions)

Présentation du livre Oise (extrait du site de Building Books)

Il y a quarante millions d’années, s’étendait ici le bras d’une mer chaude, peuplée de mollusques et de plantes aquatiques, brassés par des courants qui les distribuaient selon leur force sur les fonds irréguliers, compactés par les âges en une masse crayeuse. Depuis deux mille ans, les carriers et terrassières extraient cette roche calcaire, une pierre à bâtir, à bâtir des corps de ferme, des maisons, des églises et Paris. Un travail de forçats livrant à la ville sa matière bloc par bloc, laissant dans le paysage des cavités immenses où beaucoup y ont laissé leur peau. D’autres rentrent le soir les poches pleines de fossiles, témoins d’une vie antédiluvienne. On dit d’une pierre qui présente des empreintes de vies fossilisées qu’elle est éveillée. Ce livre opère une coupe iconographique dans les carrières de l’Oise. Il compile des vues anciennes et actuelles qui donnent à voir comment la vie préhistorique a laissé des traces dans la roche et comment son extraction a marqué des vies.

Ouvrage imaginé par Simon Boudvin et Stéphane Dupont, inspiré de MATERA, Immagini e documenti, Mario Cresci, edizioni Meta Matera, 1975. Publication réalisée à l’occasion de l’exposition «Visible/Invisible», sous le commissariat de Nicolas Dorval-Bory et Guillaume Ramillien, pour la 2e édition de la Biennale d’architecture et de paysage d’Île-de-France à Versailles BAP ! 2022 «Terre et villes».

Building Books
Coédité avec / coedited with La Maréchalerie, centre d’art contemporain de l’École nationale supérieure d’architecture de Versailles
2022
Format 16,9×23,7 cm
320 pages
288 images monochromes / monochrome images
Langue / language FR
Conception graphique / graphic design Stéphane Dupont
Typographie / typeface Immortel Infra (Clément Le Tulle-Neyret, 205 TF)
Imprimé par / printed by Graphius à / in Gand (BE)
ISBN 978-2-492680-10-6

Extrait

Voici des figures de la vie sans eau, dans le temps infrabas minéral.

Un morceau de feuille devenue lumière de sa forme. Juste un contour, une empreinte, un filigrane. En fait, elle n’est pas devenue compacte comme sa pierre. Elle s’est vaporisée et n’est présente que diluée, l’image d’une feuille dans sa réduction aux sels.

La coquille d’un crustacé, un glyphe dans la roche, une présence éloignée comme derrière une vitre. C’était un corps complexe, un relief, une masse. Ce n’est plus qu’une teinte, une ligne dessinant son évanouissement. Toute la présence est aplatie, il n’y a pas de profondeur.

Une branche calcifiée en même temps que volatilisée ou réduite en granules. Les motifs et les détails parfois se confondent avec les irrégularités de la roche : ce n’est qu’une seule pierre.

La roche est éteinte, une masse refermée.

Rien ne peut être isolé, retiré. Le monde est continu où tout est (au) présent. Dans un chantier de fouilles, aucune mise à jour n’est possible.

Il y a comme une ombre dans la pierre, une présence fragile aux contours vaporeux. Une musique des mondes disparus : des algues, des crabes, des œufs, des dents. Ces mondes résonnent en ensembles calcaires qui parfois se respirent.

L’infinité particule.

De la densité des noyaux jusqu’aux dimensions réduites propices aux agrégats du vent, toute la roche est sensible dans de simples débris déposés au hasard. C’est une appartenance mémoire qui partout se retrouve.

La séparation n’existe pas, la limite des ensembles est incertaine : où ils se rencontrent, ils se mélangent. Parfois un ensemble est si distendu qu’il comprend en son sein les aires de sa propre raréfaction.

(…)

La Maison Monde

«La poésie (…) doit chercher à créer un dialogue intimiste, un tête-à-tête avec le lecteur, une relation privilégiée, profonde, loin des foules et des projecteurs». (Julien Buri à propos de Louise Glück dans Le Temps du 23 avril 2021)

LA MAISON MONDE est un jeu de médiation culturelle mettant en valeur des objets littéraires singuliers dans le cadre de relations individuelles et au moyen d’un outil inspiré du jeu de tarot compris comme machine à faire parler.

Raison d’être du dispositif

L’offre culturelle semble plus foisonnante que jamais. Dans le domaine de la littérature, un roulement continu de produits alimente les librairies et les émissions ou cahiers culturels. Pourtant, en marge de cette profusion, certains types d’écriture atteignent difficilement leur public et n’ont que peu d’écho, alors même qu’ils se pensent dans la durée. Ce sont par exemple des textes qui entendent la langue comme une matière, avec ses opacités et ses résistances. Ou des textes qu’il ne faudrait pas (seulement) chercher à comprendre, mais à aborder comme des expériences.

XX – Le Jugement

Des solutions ont été inventées dans tous les champs de la culture pour composer avec la faible visibilité des formes dites mineures. Une attention particulière est par exemple portée à la lecture publique, avec plus ou moins de pertinence et de succès. Ce format est ainsi devenu un outil important pour la promotion des auteurs et des livres, qu’ils aient du succès ou soient souterrains. Si la spectacularisation permet de faire événement autour d’objets fragiles, elle n’est cependant pas un remède miracle face à l’aplanissement des pensées. Les spectateurs sont en effet tacitement compris comme des multitudes silencieuses, dont chaque membre est remplaçable, ce qui pose problème en termes de partage et de participation.

Nous entendons parfois dire que l’offre culturelle est proche de la saturation. Nous devrions peut-être considérer qu’il n’y a au contraire pas assez de points de contact. Des événements plus nombreux, mais rassemblant moins de monde permettraient à la voix de chacun d’exister et à la culture de prendre la forme d’un échange. Il s’agit en quelques sortes de développement durable dans le domaine du sensible et de la pensée.

LA MAISON MONDE s’inscrit dans cette logique et suppose une adéquation particulière entre des textes qui existent en marge des systèmes de diffusion habituels et une manière de concevoir le public au singulier. Si l’essaimage aveugle sous forme de communiqués de presse et de relais médias ne fonctionne pas bien pour certaines pratiques artistiques, c’est aussi parce que ces pratiques sont hermétiques à l’essaimage aveugle. Cette qualité ne devrait pas les rendre invisibles. En mettant en place un dispositif de partage singulier, il s’agit d’inventer une médiation adaptée à des formes discrètes, en partant du principe qu’elles auront une meilleure résonance dans un lien individuel qu’en se calquant sur les modes de diffusion propres à l’industrie culturelle.

XIII – La Mort

Trois objectifs et demi

Premièrement, l’action a pour objectif de partager et de faire entendre des écritures singulières et de qualité, qui restent discrètes et rares par la force des choses et se trouvent souvent marginalisées. Par extension, l’objectif est de donner accès à certains horizons de la création et de la pensée contemporaine.

Deuxièmement, le dispositif de médiation a pour objectif d’établir une relation de main à main, d’un individu à un autre autour de ces textes. Les présences, les avis et les sensibilités doivent compter de manière irremplaçable. Cette relation unique et singulière doit permettre l’émergence d’un dialogue presque chuchoté autour des œuvres et susciter en retour l’intuition d’une congruence entre ces textes et ce mode de relation.

Troisièmement, l’action de médiation vise à décomplexer les pratiques de lecture et à s’approprier librement les objets culturels. Les textes sont ici entendus comme des boites à outils ou comme des machines à parler. Le dispositif ne vise pas à interpréter ou expliciter le sens des textes, mais à en faire l’expérience, et par extension à susciter une approche de la lecture comme expérimentation.

Enfin il existe un quatrième (semi) objectif sous-jacent. L’initiateur du projet étant lui-même artiste et écrivain, la sélection de textes qu’il donnera à entendre dessinera en creux une image de sa propre pratique, à partir de ses champs d’intérêt.

VII – Le Chariot

Description de l’action

L’action de médiation, tenant de la lecture publique, de l’atelier et du dialogue, consiste en une série de quasi-performances auxquelles chaque participant·e contribue grâce à ses choix et à sa prise de parole. Les séances sont individuelles, durent environ trois quarts d’heure, et empruntent leur structure à la lecture de tarot entendue comme jeu permettant de parler. Il ne s’agit pas de prédire l’avenir ou d’apporter des réponses, mais d’interroger le texte et de composer ensemble un moment où se mêlent la lecture et l’évocation d’expériences et de pensées chez les participant·e·s. Il s’agit donc de créer un espace de partage, où le moment traditionnel de la lecture publique devient un moment presque intime, auquel l’auteur comme le spectateur contribuent en faisant acte de résonance.

Le Fou

Déroulement type

Après une brève introduction, la séance commence par un moment de mise en condition sous forme de silence, de respiration, presque de méditation en vue d’arriver à un état de disponibilité et de synchronisation. La personne est alors invitée à tirer une carte de tarot qui est sa carte d’entrée, plaçant la lecture sous son signe. Le médiateur parle de cette carte en quelques mots, puis lit à voix haute le texte lié à cette carte. L’idée à ce stade est de mettre en place les conditions permettant à la participante ou au participant de vivre une expérience. Une fois la lecture terminée, la personne est invitée à choisir une seconde carte, qui est sa carte de parole. Elle peut alors librement exprimer un ressenti, raconter un souvenir, alimenter une réflexion par rapport à ce texte. Elle peut aussi s’en éloigner en parlant d’elle-même. Il s’agit à ce stade d’un moment d’échange et de co-construction. Au sortir de la séance, la personne est invitée à tirer une dernière carte de tarot, qui est sa carte de sortie. Le médiateur peut à nouveau en dire quelques mots, mais sans lui conférer de sens. Elle qualifie ce moment qui s’achève aussi bien que celui qui s’ouvre hors séance. Cette carte, à emporter, fonctionne comme une invitation faite au participant ou à la participante à prolonger dans sa vie cette liberté de lecture et d’échange.

V – Le Pape

Bibliographie

Le jeu original de La maison monde est particulièrement lié à son auteur, dans le sens où les livres prévus pour y jouer ont été rassemblés dans un panier de lecture, et qu’ils ne sont pas tous facilement retrouvables. Ce qui n’empêche pas de hacker le jeu, de le détourner, ou de produire une autre bibliographie pour y jouer selon les règles. Dans le jeu original, chaque participant repart avec sa carte de sortie. Au dos de cette carte (comme de toutes les autres) se trouve la bibliographie complète du jeu.

(n.b : Les textes n’ont pas été choisis pour un lien avec les cartes auxquelles ils ont été attaché. La bibliographie, momentané subjectif, a été ventilée dans l’ordre des cartes par ordre alphabétique).

(I – Le Bateleur) Antin David, Accorder, Héros-Limite, 2012 (traduction Pascal Poyet)
(II – La Papesse) Baqué Joël, Ruche, Éric Pesty, 2019
(III – L’Impératrice) Bennett Guy, Œuvres presque accomplies, L’Attente, 2018 (traduction Frédéric Forte et l’auteur)
(IV – L’Empereur) Berssenbrugge Mei-Mei, Le Taj bleu, Les cahiers de Royaumont, 1991 (traduction Pierre Alferi)
(V – Le Pape) Chopard Cléa, Ancolie commune, Héros-Limite/L’Ours Blanc, 2017
(VI – L’Amoureux) Doppelt Suzanne, Le pré est vénéneux, P.O.L, 2007
(VII – Le Chariot) Eigner Larry, De l’air porteur, José Corti, 2014 (traduction Martin Richet)
(VIII – La Justice) Etel Adnan, Nuit, L’Attente, 2017 (traduction Françoise Despalles)
(IX – L’Ermite) Gahse Zsuzsanna, Cubes danubiens, Hippocampe, 2019 (traduction Marion Graf)
(X – La Roue de la Fortune) Hocquard Emmanuel, Le cours de Pise, P.O.L, 2018
(XI – La Force) Jouy Anna, De feuilles qu’une fois, Alcyone, 2021
(XII – Le Pendu) Lassalle Jean-René, Rêve : Mèng, Grèges, 2016
(XIII – La Mort) Moussempès Sandra, Colloque des télépathes, L’Attente, 2017
(XIV – La Tempérance) Nelson Maggie, Bluets, Le sous-sol, 2019 (traduction Céline Leroy)
(XV – Le Diable) Omran Rasha, Celle qui habitait la maison avant moi, Héros-Limite/L’Ours Blanc, 2021 (traduction Henri Jules Julien et Mireille Mikhaïl)
(XVI – La Maison Dieu) Pantano Daniele, Chiens dans des champs en friche, Éditions d’en bas, 2020 (traduction Eva Antonnikov)
(XVII – L’Étoile) Reznikoff Charles, Inscriptions, Nous, 2018 (traduction Thierry Gillybœuf)
(XVIII – La Lune) Ruffieux Marie-Luce, La nageoire de l’histoire, Contrat maint, 2016
(XIX – Le Soleil) Sbrissa Isabelle, Tout tient tout, Héros-Limite, 2021
(XX – Le Jugement) Sekiguchi Ryoko, Présentation de dix quartiers de Shinguku à usage purement personnel et nostalgique, Ink, 2011
(XXI – Le Monde) Swensen Cole, Nef, Les petits matins, 2005 (traduction Rémi Bouthonnier)
(Le Fou) Tardy Nicolas, Gravitations autour d’un double soleil, Série discrète, 2018

Pour m’inviter à activer La Maison monde, vous pouvez me contacter à info[at]baptistegaillard.com.

Images

Ombres blanches sur fond presque blanc

Présentation

Les récits que Baptiste Gaillard développe de livres en livres décrivent des scènes sans personnages, dans lesquelles seuls des processus anonymes adviennent : germination, pourrissement, mouvement des fluides, expansions, rétractations. On est dans le monde sublunaire d’où est bannie toute idée de permanence. Les livres de Baptiste Gaillard tiennent la chronique de ces événements naturels, ils en traquent la monotonie.

Ici, la « blancheur » du titre fait songer à l’aveuglement qui précède l’évanouissement. Les phénomènes étudiés dans ce long poème sont situés à la limite du discernable. Quasi inaudibles, à peine visibles, furtifs, évanescents, ils se succèdent en s’annulant. Une fois de plus, rien ne semble devoir en résulter que leur enchaînement ad libitum. D’où l’ambiance fantomatique qui se dégage d’Ombres blanches sur fond presque blanc.

Héros-Limite (diffusion en librairie)
Revue L’Ours blanc (diffusion par abonnement)
2020
28 pages
125 x 190 mm
isbn 978-2-88955-042-5

Autour du texte

« 3 questions à… » sur Ombres blanches sur fond presque blanc

Extrait

Les sons lorsqu’ils s’étirent, peu à peu se modifient jusqu’à ce qu’ils ne se reconnaissent. Une dilatation extrême mène à la disparition.

Les rythmes deviennent indistincts, un vrombissement continu, une forme rendue vague par son éloignement. Des contours peuvent encore être discernés, presque rien, ce ne sont que des images qui naissent pour compenser le manque. Une résolution lacuneuse ici qu’on entrevoit cristalline au loin, plus près de la source.

Des nuances agiles dans le silence et d’autres sons plus incertains que les éclats d’une musique, perceptibles à une distance d’où tout peut tenir en petit. Ne reste des basses que la vibration des vitres, comme des scintillements parcourant le corps des usines.

L’espace de la nuit résonne de reliquats.

Une apparition commence dans un miroitement, dans le passage à l’absence.

Dissimulée dans ses propres vapeurs, retirée dans son produit, une ville se cartographie aux manifestations gazeuses, par dénombrement du blanc, des émanations dans la brume, sans dimension solide.

Une activité des nuances qui se multiplient : des formes tantôt deviennent réelles, accédant aux couleurs, tantôt disparaissent, sans réalité tangible. Des sensations qui naissent dans une discrimination de plus en plus émoussée dans le gris.

Toute l’humidité se fond en une seule.

Une ombre comme une fumée, presque rien ne se passe, dont la source est pourtant réelle.

À mesure que l’unité se dégrade et vire au gris, s’y forme une sensation de couleur, une perception éthérée de ce qui cherche à revenir. Une surface délavée où des teintes apparaissent sans jamais se fixer, imprécises, qui passent sans s’affirmer.

Les images se déclinent et se fondent, se résorbent dans un fond. Le corps d’un insecte repose tel qu’en lui-même, un exosquelette s’effritant dans la poussière.

À partir d’un peu de substance, même éphémère, quelque chose commence. Une couche se crée, visqueuse, elle-même bientôt substrat d’une autre. Le solide n’est pas nécessaire. Algues et mousses tantôt se produisent et tantôt s’alimentent.

Certains aspects de l’un entrent en écho de l’autre. Toute résistance imbibée dans son fond s’amollit, se désagrège à mesure en fractions qui essaiment en retour, imprégnant ce qui s’y trouve, faisant le désaccord plus général. L’espace entre les objets lui-même se densifie.

L’air s’épaissit de minuscules entraves, le vol de poussières et de moucherons confondus. Ce qui s’avance aussi s’enfonce.

Un espace de vacance permet la décantation, le jeu libre où les particules se détachent et se déposent. La dispersion mène à l’écart en d’infinis détours, en une lenteur propre aux émiettements. Les limites s’en effacent.

L’étendue d’un poudroiement reste incertaine. Au passage d’un état à l’autre, d’une configuration à l’autre, la manière de mesurer l’objet se modifie.

Des fragments ne se distinguent pas du sol où ils reposent. Une seule couleur, gris dans le noir, pour toutes les découpes, les débris ayant une forme à chaque fois unique.

L’ombre des poussières dans le cache du néon qui les éclaire. La composition du dépôt reste indéfinie : du carbone, des mouches, de la pierre, des cheveux. Tout passe à proximité, transitoire, alors qu’ici reposent isolés en débris.

La forme d’un orage électromagnétique, désordre global où sont plongés les signaux, si ce n’est le brouillage, comment ils en ressortent et s’identifient.

Un léger relâchement dans l’alignement des lentilles entraîne une perte de détails. Le contour de l’image projetée se dilate, la lumière bave en taches, comme si les rayons se détournaient des obstacles et qu’aucune ombre ne pouvait se former. Un léger resserrement permet un dessin, l’approximation d’un dessin, le sentiment d’une donnée précise dans une présence un peu floue.

La basse définition, par-devers son défaut dit encore son défaut, la possibilité d’une forme dans l’éparpillement, le débord d’un monde en continu, lâche et dispersé.

choses pleines
grand souffle
un bourdonnement
constant

Des temporalités (in) visibles et (in) audibles au travail.

L’opération de pyrolyse est imperceptible, les salissures ne s’estompant que peu à peu. Il arrive cependant que des particules s’illuminent lors de leur destruction au contact des résistances, que des corps entrent en combustion spontanée.

L’air amortit la poussière, partout du désert grandit.

Des couleurs filtrent de densités moindres, paraissent par moments et disparaissent ensuite comme des mirages, sans corps tenant derrière, des présences affleurant sous une mer d’huile sans pouvoir tout à fait remonter en surface.

Presque rien n’apparaît, une nacre, un éclat, une moirure dans une masse uniforme, une ombre sous du verre dépoli.

Des images dans la fumée, qui sont des images de la fumée.

Dans un brouillard, au point d’équilibre, se perd le mélange.

événements

Kaskadenkondensator



Die Basler Weihnachtausstellung: Genf
Fr 7.12.12 – Fr 21.12.12
ein Projekt von Martin Chramosta
mit Raphael Julliard, Martina-Sofie Wildberger, Orianne Zanone, Baptiste Gaillard, Jérémy Chevalier, Serafin Brandenberger, Jeanne Macheret, Karen Alphonso